FileMaker WebDirect, FileMaker Cloud ou vraie application web : quelle différence ?
« Nous n'avons pas besoin de migrer : notre FileMaker est déjà sur le web, avec WebDirect. » C'est une phrase que nous entendons souvent, et elle n'est pas fausse. FileMaker permet en effet d'ouvrir une application dans un navigateur, sans rien installer. Il propose aussi d'héberger la base dans le cloud, et une application gratuite pour iPhone et iPad. Alors, pourquoi parler de « vraie » application web ?
Parce que ces trois solutions rendent votre base FileMaker accessible à distance, mais ne la transforment pas en application web. La différence se voit dans l'usage quotidien : le nombre d'utilisateurs simultanés, le confort sur téléphone, la fluidité, et surtout le modèle de licence. Voici ce que fait réellement chaque solution, ses limites, et les cas où elle suffit parfaitement.
En bref
- WebDirect affiche vos modèles FileMaker dans un navigateur ; c'est le serveur FileMaker qui calcule l'écran de chaque utilisateur.
- FileMaker Cloud est un hébergement de votre serveur FileMaker par Claris, pas une nouvelle interface.
- FileMaker Go est l'application FileMaker pour iPhone et iPad, et seulement pour eux.
- Les trois restent soumis aux licences par utilisateur. Une application web sur mesure n'en a pas, et elle est conçue dès le départ pour le navigateur et le mobile.
WebDirect : FileMaker dans un navigateur
WebDirect est inclus dans FileMaker Server et FileMaker Cloud. Il permet d'ouvrir une application FileMaker existante dans un navigateur, sur ordinateur ou sur tablette, sans installer FileMaker Pro. Pour le développeur, c'est très pratique : les mêmes modèles, les mêmes scripts, le même fichier.
Le fonctionnement est toutefois très différent d'un site web classique. Avec WebDirect, c'est le serveur FileMaker qui calcule l'affichage : il garde en mémoire l'état de l'écran de chaque utilisateur connecté et envoie au navigateur ce qu'il doit dessiner. Chaque clic, chaque changement d'onglet, chaque saisie fait un aller-retour avec le serveur.
Cette architecture a des conséquences concrètes.
- Le nombre de connexions simultanées est limité. Claris indique que, de manière générale, une machine serveur prend en charge jusqu'à 100 connexions WebDirect à la fois, et que chaque fenêtre ou onglet de navigateur ouvert compte comme une connexion distincte (documentation Claris, « Maximum number of connections »). Au-delà, il faut ajouter des machines secondaires au déploiement, ce qui complique l'infrastructure.
- La fluidité dépend du serveur et du réseau. Sur une bonne connexion et avec peu d'utilisateurs, l'expérience est correcte. Avec une connexion 4G moyenne, un modèle chargé ou des dizaines de sessions en parallèle, les temps de réponse s'allongent nettement.
- Toutes les fonctions de FileMaker Pro ne sont pas disponibles. Claris liste elle-même les fonctions non prises en charge : pas de mode Tableau, certaines options de mise en forme de texte, de saisie semi-automatique ou de surbrillance conditionnelle absentes, pas de gestes ni d'animations (documentation Claris, « Understand the capabilities of FileMaker WebDirect »). Certains pas de script ne fonctionnent pas non plus dans un navigateur. Une base conçue pour FileMaker Pro demande donc souvent des adaptations pour bien tourner sous WebDirect.
- Le rendu n'est pas adapté au téléphone. Les modèles FileMaker ont une taille fixe, pensée pour un écran d'ordinateur. Sur un téléphone, il faut zoomer et faire défiler, ou créer et maintenir des modèles dédiés au mobile.
FileMaker Cloud : un hébergement, pas une nouvelle interface
FileMaker Cloud est souvent confondu avec une version « web » de FileMaker. En réalité, c'est FileMaker Server hébergé et administré par Claris : vous n'avez plus de serveur à installer, à sauvegarder ni à mettre à jour. C'est un vrai service, utile pour une entreprise qui n'a pas d'informaticien.
Mais pour vos utilisateurs, rien ne change : ils se connectent toujours avec FileMaker Pro, FileMaker Go ou WebDirect, avec les mêmes écrans et les mêmes limites. FileMaker Cloud règle la question de l'hébergement, pas celle de l'interface, du mobile ou des licences. Il offre aussi moins de liberté de configuration qu'un serveur que vous administrez vous-même : vérifiez, avant de choisir, que les plug-ins et intégrations dont votre base dépend y sont bien pris en charge.
FileMaker Go : le mobile, version Apple
FileMaker Go est l'application gratuite de Claris pour iPhone et iPad. Elle offre une expérience native, fluide, avec accès à l'appareil photo, au lecteur de codes-barres et à un fonctionnement hors ligne si la base est conçue pour. Pour une équipe terrain équipée d'iPad, c'est une très bonne solution.
Ses limites sont claires : elle n'existe pas sur Android, il faut l'installer sur chaque appareil, et chaque utilisateur doit disposer d'une licence FileMaker pour se connecter à une base partagée. Elle n'est donc pas adaptée pour ouvrir votre application à des clients ou à des partenaires.
Le point commun : la licence par utilisateur
WebDirect, FileMaker Go et FileMaker Pro sont trois façons d'accéder à la même plateforme, et toutes trois sont couvertes par les licences FileMaker par utilisateur. Selon l'offre, comptez de l'ordre de 200 à 500 € HT par utilisateur et par an, auxquels s'ajoutent l'hébergement et la maintenance. Ouvrir la base à 50 commerciaux, à des intérimaires ou à vos clients, c'est donc acheter autant de licences supplémentaires (ou des connexions simultanées, selon le contrat). Nous détaillons ce calcul dans notre article sur le coût réel des licences FileMaker.
Quand WebDirect et FileMaker suffisent
Soyons honnêtes : dans bien des cas, il n'y a aucune raison de migrer. WebDirect et FileMaker Cloud font très bien l'affaire si :
- vos utilisateurs sont peu nombreux (une dizaine, voire une vingtaine) et travaillent surtout au bureau ;
- l'accès web est un usage d'appoint : consulter une fiche depuis l'extérieur, valider une demande, saisir un relevé ;
- vos équipes mobiles sont équipées d'iPhone ou d'iPad et peuvent utiliser FileMaker Go ;
- vous n'avez pas besoin d'ouvrir l'application à des personnes extérieures à l'entreprise ;
- votre base fonctionne bien et le coût des licences reste raisonnable pour vous.
Dans cette situation, investir dans une migration ne serait pas rentable. Mieux vaut optimiser les modèles existants pour WebDirect.
Ce qu'apporte une vraie application web
Une application web sur mesure fonctionne autrement : l'interface s'exécute dans le navigateur de l'utilisateur, et le serveur se contente de fournir les données et d'appliquer les règles métier, au travers d'une API. Concrètement :
- Des écrans conçus pour le web et le mobile. Le même écran s'adapte automatiquement à un ordinateur, une tablette ou un téléphone Android comme iPhone, sans modèle à dupliquer.
- Une montée en charge simple. Le serveur n'envoie que des données, et il suffit d'en ajouter un deuxième si le nombre d'utilisateurs augmente fortement.
- Pas de licence par utilisateur. Vous pouvez ouvrir un portail à vos clients, donner un accès à vos sous-traitants ou à vos saisonniers sans que chaque compte coûte une licence.
- Des intégrations modernes. L'API qui alimente vos écrans sert aussi à connecter votre comptabilité, votre site e-commerce ou les outils de vos partenaires.
- Une technologie standard. Le code vous appartient, il est écrit dans des langages très répandus, et vous trouverez toujours des développeurs pour le faire évoluer.
La contrepartie, c'est qu'il faut mener un projet : comprendre votre base, concevoir les écrans, développer, reprendre les données. Avec le développement assisté par IA, ce projet est beaucoup plus accessible qu'il y a quelques années : de 5 à 12 k€ pour une petite application, de 12 à 30 k€ pour une application métier, comme nous l'expliquons dans combien coûte une migration FileMaker.
Un exemple type
Prenons une entreprise de maintenance de 40 salariés, dont 25 techniciens sur le terrain, équipés de téléphones Android. Le bureau utilise FileMaker Pro ; les techniciens consultent leurs interventions via WebDirect. Dans la pratique, les écrans sont trop petits, il faut zoomer, la saisie d'un rapport prend du temps en zone mal couverte, et chaque technicien nécessite une licence.
Ici, WebDirect atteint ses limites. Une application web conçue pour le téléphone, avec les seuls écrans dont le technicien a besoin (planning du jour, fiche d'intervention, photos, signature du client), change réellement le quotidien. Elle peut d'ailleurs commencer par ce seul module, pendant que le bureau reste sur FileMaker dans un premier temps : c'est le principe de la migration progressive.
En résumé
WebDirect, FileMaker Cloud et FileMaker Go sont de bons outils pour rendre une base FileMaker accessible à distance, à une petite équipe. Ils ne la transforment pas en application web : l'interface reste celle de FileMaker, le nombre de connexions simultanées est limité, le mobile reste un compromis et chaque utilisateur coûte une licence. Quand vos usages dépassent ce cadre (beaucoup d'utilisateurs, du terrain sur Android, des clients à connecter), une application web sur mesure devient le choix le plus solide. Si vous hésitez, notre article FileMaker ou application web sur mesure : le comparatif honnête vous aidera à trancher.
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